

Dans l’immensité de la Toundra scandinave, l’aventure ne se mesure pas au dénivelé, mais à la capacité de faire corps avec les éléments. En autonomie totale, Charline et Lionel ont troqué le confort de leur cabane pour le poids d’un sac et le silence du Grand Nord. Ils nous ouvrent la voie d’une immersion brute, là où l'humilité fait loi.
Deux approches complémentaires
Lionel et Charline nous embarquent dans leur vision du trek. Là où leurs aventures se vivent comme une thérapie, une manière de découvrir leurs limites et de se rapprocher du vivant. Charline allie cela avec sa passion pour l’éthologie des animaux sauvages et Lionel sa passion pour l’aventure en dehors des sentiers battus.
Tous deux attachés aux territoires Nordiques, ils se retrouvent pour vivre une aventure unique dans la Toundra norvégienne, sur les traces des Bœufs musqués et d’autres espèces uniques. Dans ces immensités où la météo est constamment changeante, ils doivent s’adapter pour continuer d’avancer.
À cette période de mi-septembre, les températures oscillent entre -5°C la nuit et 5°C la journée.

L'immersion : Entre abri et liberté
Dans la toundra scandinave, nous ne sommes pas chez nous. Sans fourrure ni protection naturelle, nous sommes des invités vulnérables face à des températures qui peuvent chuter jusqu’à -30°C en hiver, avec du blizzard extrême qui à tout moment peut geler le moindre bout de chair exposée en quelques secondes.
Un quotidien rythmé par la gestion de l'inconfort : des nuits sans sommeil sous une tente secouée par les tempêtes, où chaque geste devient une épreuve de responsabilité envers soi-même.
Porter sa maison sur le dos est un challenge nécessaire pour partir en totale autonomie sur des kilomètres pour explorer sans entrave.
Nos compagnons de route
Dans nos sacs, chaque objet a sa raison d'être. Pour se protéger du vent glacial qui ne s'arrête jamais, nos vestes et pantalons coupe-vent sont nos seuls remparts. Pour naviguer dans cet espace sans fin, le GPS est vital — surtout en hiver où le voile blanc peut saisir les paysages à tout moment et rendre impossible le retour au camp — tout comme nos matelas isolants et nos duvets haute performance qui nous permettent de subsister face aux éléments.
Mais il y a aussi ces objets qui racontent qui nous sommes : l’appareil photo toujours prêt, le carnet pour noter nos émotions avant que l'encre ne gèle, et surtout, ce petit couteau Sami artisanal. C’est l’outil à tout faire : préparer le bois, réparer une sangle, couper la nourriture etc.

La danse avec le sauvage
Approcher les animaux sauvages n'est pas une traque, c'est une danse, un échange vibratoire et une communication énergétique, qui se passe de mots. À travers nos jumelles, nous vérifions l’absence de signal d’apaisement, que l'animal accepte bien notre présence. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là que nous pouvons partager un moment de connexion et de contemplation hors du temps.
Cela donne naissance à des émotions et souvenirs visuels uniques, qui ne peuvent arriver que lorsque l’on fait preuve de respect à leur égard et que les êtres nous acceptent un instant auprès d’eux. Nous sommes les invités dans leur monde. Avec le temps, une symbiose s'installe et nous finissons par faire partie du paysage, en harmonie.
Goûter la terre
Vivre ici, c'est aussi apprendre à se nourrir des richesses que la toundra peut produire sur une très courte période.
Nous passons des heures à cueillir des champignons et autres baies sauvages : girolles, pieds de mouton, airelles, myrtilles ou des mûres arctiques pour notamment enrichir nos repas déshydratés pour les treks. Nous préparons nos propres tisanes avec les plantes locales pour soigner nos corps fatigués.
L'un de nous, Lionel, pratique la pêche à la mouche, une technique qui demande d’observer attentivement le vivant, comprendre le cycle de vie des insectes et de se calquer sur le rythme de la rivière. Prélever une truite devient alors un rite d'initiation, où la tristesse d'ôter la vie se mêle à un sentiment de faire partie du grand tout. C'est une manière d'honorer le vivant en obtenant sa propre ressource à la sueur de son front, de se reconnecter à sa nourriture loin de la consommation facile.
Crédit photos : © Lionel Prado
Moments de rencontre
Cet engagement dans l’effort et l’approche nous permet de vivre des instants qui dépassent le réel. Charline se souvient encore de ce regard échangé avec un vieux bœuf musqué en fin de vie âgé de plus de 15 ans, qu’elle surnomme “Papy”. Ce dernier l’accepte près de lui pendant 3 jours et lui transmet de puissants messages, dont celui de vaincre sa peur de la mort.
Ou encore de cette soirée d’automne où, grâce à une forte intuition, Lionel a guidé notre approche dans les linaigrettes en contrebas d’une crête, et nous nous sommes retrouvés peu de temps après face à une harde de centaines de rennes sauvages en plein rut qui nous sont passés tout près. Le sol vibrait sous leurs pas, l’air résonnait de leurs grognements et nous avons assisté à des comportements forts et authentiques... nous étions dans un autre monde.
Nos explorations sauvages nous ont profondément enseigné que tout ce qui nous entoure a un esprit, et est donc sacré. Il ne s'agit pas de respecter seulement les animaux, mais le vivant dans son ensemble. La terre, la flore, la faune, les éléments.
Crédit photos : © Charline Palomares
La force du mental
Pour se lancer dans l'aventure, il faut apprendre à oser. On peut avoir peur, manquer de sens de l'orientation ou craindre le froid, mais « Les seules barrières sont dans notre tête » nous rappelle Charline.
C’est important de rester humble face à la nature, accepter sa vulnérabilité, mais refuser de se laisser paralyser par ses propres barrières. Il faut y aller préparé physiquement et mentalement bien sûr, mais surtout oser l’aventure tout en gardant en tête le respect du vivant.

Les conseils Simond suite aux échanges avec Charline et Lionel
• Acceptez votre vulnérabilité : Face à la nature, restez humble, à l’écoute en ne cherchant pas à forcer les choses.
• Pratiquez la marche thérapeutique : utilisez le temps de marche pour digérer vos émotions, faire le tri dans votre vie et aligner votre corps avec votre esprit.
• Cultivez l’indépendance : Même en binôme, essayez d'avoir chacun votre matériel (comme votre propre tente) pour rester pleinement responsable de votre sécurité et de votre autonomie.
• Préparez-vous progressivement : Ne vous lancez pas dans des conditions extrêmes (blizzard, grand froid) sans avoir acquis une solide expérience préalable en randonnée.
• Anticipez l'orientation : Si votre sens de l'orientation est perfectible, emportez systématiquement un GPS et des piles de rechange. En gardant en tête que les conditions changent vite dans la toundra et que même avec un bon sens de l’orientation l'absence de repère des vastes étendues peut être compensée par l'utilisation d'un GPS.
• Protection contre les éléments : Une veste et un pantalon coupe-vent imperméables sont non négociables pour affronter le vent glacial constant de la toundra.
• Le couteau : Emportez un petit couteau; c'est l'outil polyvalent par excellence qui peut vous sortir de nombreuses situations (feu, réparation, cuisine).
• Sommeil haute performance : Ne négligez pas l'isolation au sol et la qualité de votre duvet pour supporter des nuits avec des températures négatives.
• Décodez les signaux d’apaisement des animaux: En observation animalière, soyez attentifs : aux oreilles qui se couchent, au corps qui se raidit ou au museau qui se lèche; si l'animal montre ces signes ce n’est pas bon, arrêtez-vous immédiatement et laissez de l’espace aux animaux.
• Privilégiez des moments de solitude pour augmenter votre discrétion et développer votre attention sur le vivant qui vous entoure.
• Soyez spectateur, pas acteur : plutôt que la mise en scène, recherchez l’authenticité ; se faire oublier et devenir une partie du paysage sont souvent des clés qui permettent d’assister à de beaux moments de contemplation.
• Soyez spectateur, pas acteur : Ne cherchez jamais la mise en scène ; le but est de se faire accepter par le vivant jusqu'à faire partie de la symbiose du paysage.

Équipement de Charline et Lionel pour la Toundra










