Haute Route des Pyrénées en trek

Haute Route des Pyrénées (HRP) : en 27 jours

Par Mathieu Planche

730 kilomètres. 43 000 mètres de dénivelé positif. 27 jours.

Août 2025. Là-haut, entre l'Atlantique et la Méditerranée, Mathieu Planche avance. Il trace sa route sur la mythique Haute Route des Pyrénées (HRP). Son rythme est soutenu, presque le double de la moyenne habituelle des randonneurs. Mais pour cet ultralighteur, il ne s'agit pas seulement de chronomètre. Il s'agit de liberté.

Le topo de la Haute Route des Pyrénées par Mathieu

• Durée : 27 jours

• Distance : 730 km

• Dénivelé : 43 000 m D+

• Période : Août 2025

• Température max : 40°C

• Philosophie : Ultra léger (MUL) et autonomie

• Poids total du sac : 9,6 kg

• Retrouvez le détail des étapes et ravitaillements en fin d'article

Télécharger le tracé de Mathieu

Mathieu Planche, marcheur Ultralight

Au-delà des chiffres et de la philosophie, comment vit-on une telle épopée de l'intérieur ? Mathieu nous livre ici son carnet de bord, entre quête de performance et introspection.

Après avoir exploré les massifs alpins, je cherchais un terrain de jeu plus sauvage pour éprouver mon corps et mon mental. Mon objectif n'était pas seulement la performance chronométrique, mais la liberté.

Pour parcourir ces 730 km et avaler 43 000 mètres de dénivelé positif en moins d'un mois, le choix du "léger" ne s'est pas imposé comme une option, mais comme une nécessité.

Gearlist de Mathieu

L'esprit des pionniers : Ribas et Véron

Impossible de poser le pied sur cette trace sans évoquer ses fondateurs. En 1968, Joseph Ribas et Georges Véron ont ouvert cette voie magistrale en allant de Hendaye à Banyuls. Véron, le sportif qui voyait la montagne comme un challenge, et Ribas, le contemplatif. Ensemble, ils ont réalisé l'impensable pour l'époque : rallier Banyuls à Hendaye en 41 jours.

« La HRP a survécu à ses fondateurs », disait Ribas. Aujourd'hui, je marche dans leurs pas avec une pensée pour cet héritage. Eux partaient avec des sacs lourds, des cartes papier et une boussole. Moi, je pars avec la même soif d'absolu, mais avec une approche modernisée : celle de l'ultra-léger. Hier, on portait 20 kilos. Aujourd'hui, on cherche à ne plus porter que l'essentiel pour se reconnecter à l'effort pur.

La marche Ultra légère (MUL) : un état d'esprit

La marche ultra légère est pour moi un outil de liberté. Mon équipement est réduit au strict minimum : une tente de 520 g, un matelas à haute isolation thermique, et juste ce qu'il faut de nourriture.

Alléger son sac, c’est s’autoriser à aller plus vite, à moins subir la fatigue et à rester lucide, même quand la chaleur devient écrasante. C’est aussi se libérer l’esprit en s’attachant au minimum.

Le récit de l'aventure

Le choc du départ

Les premiers jours sont brutaux. Sous une chaleur caniculaire atteignant les 40°C, je commets l'erreur de vouloir aller trop vite, trop fort. Mon corps, poussé dans ses retranchements, se bloque. Impossible de m'alimenter. Je me souviens m'être arrêté dans un bar sur le chemin pour boire trois Perrier cul-sec, pour étancher ma soif. C'est la première leçon de la HRP : l'humilité. Je dois ralentir pour mieux repartir.

La solitude des crêtes

Contrairement aux sentiers très fréquentés, la HRP offre un isolement rare, surtout dans le sens Est-Ouest où je ne faisais que croiser brièvement les gens. Cette solitude est à double tranchant. Elle est parfois lourde, angoissante face à l'immensité des sommets. Mais elle est aussi le catalyseur d'émotions brutes. Sans filtre social, je vis tout à 100 %. La peur dans les passages techniques, la joie pure devant un coucher de soleil, l'émerveillement face à un isard. Je me surprends même à pleurer, submergé par l'intensité de l'instant.

Des paysages uniques

La HRP, c'est aussi des contrastes visuels violents. Je n'oublierai jamais mon arrivée à la brèche de Tuquerouye. Une ambiance de science-fiction : un brouillard épais, une visibilité nulle, et ce refuge de pierre posé face à un lac gelé en plein mois d'août. Et soudain, l'orage. Sous la grêle, j'ai dû m'abriter rapidement sous un énorme rocher au milieu de l'éboulis. Quinze minutes plus tard, quand il ne faisait désormais que pleuvoir, la scène m'a fait sourire : tout autour de moi, d'autres randonneurs sortaient de leurs cachettes de pierre, exactement comme des marmottes !

La rencontre de l'étable

Et puis, il y a la magie de l'imprévu. Un soir, alors que je courais littéralement sous la pluie pour fuir le mauvais temps, le moral en berne, j'ai croisé trois randonneurs, deux Danois et un Indien, abrités sous un arbre. L'un d'eux m'a lancé : "On va dormir dans une étable à chevaux là-bas, tu viens ?". Ce soir-là, au sec au milieu des bêtes, la solitude a laissé place à un partage inattendu. Des moments de rencontre qui marquent particulièrement en trek.

La résilience au quotidien

Chaque matin, il faut repartir. Que le corps soit douloureux ou reposé, l'objectif reste le même : avancer. « Le vrai sommet est intérieur ». Cette phrase prend tout son sens quand, après une journée de lutte, on trouve le réconfort dans un bivouac minimaliste sous les étoiles.

Bilan : 27 jours pour se trouver

Au bout de ces 730 kilomètres, l'arrivée n'est pas seulement géographique. C'est la conclusion d'un voyage intérieur. J'ai découvert que la performance ne s'oppose pas à la contemplation. En allant vite, en étant léger, j'ai paradoxalement vécu la montagne plus intensément.

J'ai marché avec les fantômes de Ribas et Véron, reliant l'histoire de 1968 à 2025. Les équipements changent, mais l'esprit de la HRP demeure intact : tracer sa voie en pleine nature.

Les conseils de Mathieu pour la Haute Route des Pyrénées

• Préparez votre mental : La HRP est exigeante. Il ne s'agit pas seulement de marcher, mais de naviguer, de gérer l'isolement et l'incertitude du terrain non balisé.

• Osez le léger : Chaque gramme compte sur 43 000 m de dénivelé. Analysez votre équipement. Si vous hésitez à prendre un objet, c'est que vous n'en avez probablement pas besoin.

• Gérez l'eau : Avec des températures frôlant les 40°C, l'hydratation est stratégique. Repérez les sources en amont.

• Gérez la nourriture : De même que pour l'eau, définissez des points de ravitaillement stratégique. Pour ma part, je me suis envoyé des colis de nourriture à différents points sur le trajet.

• Acceptez l'inconfort : Le confort ultra-léger est sommaire, mais il offre le luxe ultime : celui de la mobilité et de l'autonomie.

L'équipement de Mathieu Planche sur la HRP

Tente Dyneema Simond

Tent Tarp Dyneema® 2p, Sprint

Tente en Dyneema® ultra légère (510 g), résistante et imperméable

Quilt 0°C

Quilt 0°C, Sprint

640 g pour rester libre de vos mouvements la nuit sans vous surcharger la journée.

Matelas gonflant isolant

Matelas gonflant isolant, MT900

R-value de 5,4 pour un matelas 4 saisons de 615 g en taille L

Sac à dos de trek ultra léger

Sac à dos ultra léger, MT900

880 g de confort avec un dos ventilé pour vous accompagner sur les kilomètres

Bâton carbone

Bâtons de marche carbon, Sprint

36,5 cm repliés, entièrement réparables. et ultra léger (184 g le bâton)

HRP Pyrénées étapes par jour

• Banyuls --> Las Illas - 44 km, 2283 m D+

• Las Illas --> Refuge de Batère - 33 km, 2219 m D+

• Refuge de Batère --> Refuge des Mariailles - 28 km, 1814 m D+

• Refuge des Marialles --> Zone bivouac après Refuge d'Ull Deter - 22 km, 1144 m D+

• Zone bivouac après Refuge d'Ull Deter --> Bivouac Etang noir - 35,5 km, 1531 m D+

• Bivouac Etang noir --> L'Hospitalet (camping la porte des cimes) - 29 km, 1441 m D+

• L'Hospitalet (camping la porte des cimes) --> Bivouac Cabana Sorda - 17,4 km, 1593 m D+

• Bivouac Cabana Sorda --> Refuge de la Fourcat - 25,4 km, 2 335 m D+

• Refuge de la Fourcat --> Refuge de Certascan - 27,4 km, 2 390 m D+

• Refuge de la Fourcat --> Refuge de Certascan - 27,4 km, 2 390 m D+

• Refuge de Certascan --> Alos d'Isil - 23,6 km, 1 458 m D+

• Alos d'Isil --> Salardu - 22,12 km, 1 546 m D+

• Salardu --> Cabana de Pomero - 28,8 km, 2 085 m D+

• Cabana de Pomero--> Refuge du Portillon - 19,6 km, 1 995 m D+

• Refuge du Portillon --> Cabana Borda de Lisier - 27 km, 1 475 m D+

• Cabana Borda de Lisier --> Vallée de Pineta - 24 km, 932 m D+

• Vallée de Pineta --> Gavarnie - 27,8 km, 1 830 m D+

• Gavarnie --> Lac d'Arratille - 27,7 km, 2 100 m D+

• Lac d'Arratille --> lac d'Arremoulit - 21,45 km, 1 314 m D+

• Lac d'Arremoulit --> Lac d'Ayous (lac Gentau) - 20,4 km, 1 539 m D+

• Lac d'Ayous (lac Gentau) --> Refuge d'Arlet - 28,5 km, 1 519 m D+

• Refuge d'Arlet --> Cabane de la Cure - 28 km, 1 729 m D+

• Cabane de la Cure --> Cabane Ardane Gainekoa - 30,5 km, 1 130 m D+

• Cabane Ardane Gainekoa --> Chalets d'Iraty - 18,6 km, 1 081 m D+

• Chalets d'Iraty --> Cabane d'Izandorre - 29,9 km, 1 456 m D+

• Cabane d'Izandorre --> Elizondo - 35 km, 1 134 m D+

• Elizondo --> Col de Lizuniaga - 26,5 km, 965 m D+

• Col de Lizuniaga --> Hendaye - 25,6 km, 900 m D+

Quels sont les lieux de ravitaillement ?

• Jour 2 - Amélie Les bains

• Jour 4 - BioCoop Bolquere

• Jour 5 - Hospitalet, épicerie

• Jour 10 - Refuge du portillon

• Jour 12 - Supermercado,Solans

• Jour 13 - Colis au camping la bergerie Gavarnie

• Jour 20 - Colis chalets d'Iraty