7 Novembre 2011
Le récit de François Marsigny
Le Manaslu est la huitième plus haute montagne du globe. Au printemps, nous y avions perdu un ami Sherpa pendant qu’il redescendait du sommet avec ses clients. Alors que nous vivions le drame à distance, nous avions déjà prévu d’aller gravir cette montagne à l’automne.
Après un trekking d’acclimatation splendide passant par le Larka La, nous atteignons Samagaon au pied du Manaslu. La montée au CB se fait dans la journée depuis ce magnifique village. Arrivés parmi les derniers au CB nous devons trouver un emplacement perché au-dessus des autres. Ce qui n’est pas pour nous déplaire car nous sommes ainsi à pied d’œuvre pour monter vers les camps supérieurs. Avec nous, il y a Matthieu et Franck qui, pour mettre toutes les chances de leur côté, ont embauché Kaila Sherpa, un monstre en altitude avec lequel j’ai fait le Makalu en 2008. Quant à nous Martine, Philippe et moi, ayant pris l’option de tenter ce sommet sans la précieuse aide d’un Sherpa, nous sommes contraints à de lourds portages pour acheminer le matériel nécessaire à l’installation des camps d’altitude. Après avoir achevé notre période d’acclimatation toujours pénible et difficile, en tous cas en ce qui me concerne, nous sommes enfin prêts pour tenter le sommet. A condition que le temps veuille bien se dégager un jour. Déjà au C2, malgré des prévisions optimistes, nous avons été contraints à une descente épique au milieu des nombreuses coulées que nous déclenchions en dégageant les cordes fixes posées par les Sherpa de Himex (merci Russel). Oui j’ai utilisé de nombreuses cordes fixes dérogeant à la “ règle ” prônée par certains et qui voudraient que la pratique de la montagne soit pure et exempte de mauvaises pratiques. Je le reconnais d’autant plus, que sans ces cordes, je ne serais peut-être pas là pour en parler aujourd’hui. Au CB, si nous nous reposons, l’attente n’en est pas moins pénible et inconfortable. Il pleut, il neige et il fait froid. Si les parties de cartes nous distraient un moment, il est grand temps que celles-ci s’interrompent pour laisser place à l’action. Une question de 6 jours de beau pour atteindre le sommet et plus important en redescendre en bonne forme. Mais avant d’atteindre le sommet et ressentir l’époustouflante beauté de la haute altitude, il va nous falloir revivre l’inconfort de ses nuits. Le corps qui souffre dans le manque d’oxygène, la faim et la déshydratation. Dans les manuels il est conseillé de boire 4 l. par jour, la belle affaire. Lorsque que l’on arrive à 2,5 l. il faut s’estimer heureux. Et en dépit de tous ces désagréments, il faut monter encore pour gagner cet abîme inversé de la très haute altitude. J’ai calé vers 7500 m., en panne d’énergie et de souffle tandis que Martine animée d’une volonté farouche atteignait le sommet. Victime de mes propres démons, j’ai cru que j’allais crever là-haut, exposé à jamais aux vents furieux de la stratosphère. Me voyant incapable de redescendre après le sommet, si toutefois je l’atteignais, je préférais attendre Martine au C4. La sachant accompagnée de Kaila, parti faire le sommet pour lui, j’étais confiant. J’en profitais pour faire sécher les duvets et préparer de la boisson pour leur retour. Le lendemain, après une deuxième nuit au C4 nous démontons les camps d’altitude et c’est lourdement chargés que nous rejoignons le camp de base. Je redescends privé du sommet mais néanmoins heureux pour Martine qui l’a atteint pour elle-même mais aussi pour nous. Et pour cette belle ascension je l’en remercie.