25 novembre 2009
Parti cette année pour un objectif d'ampleur, JB Deraeck et ses potes sont extrêment motivés. Le pakistan est pour eux un rêve d'alpiniste...
Récit de l'expé par Jean-Baptiste Deraeck
"Notre objectif initial était de gravir l'intégralité du pilier N-E de l'Uli Biaho. Pilier vierge et haut de 2100m. Celui-ci est composé de deux parties bien distinctes: les 1000 premiers mètres constituent un magnifique big-wall de granit qui vient buter sur un glacier suspendu. De ce glacier s'élance la deuxième partie (1000m également) en mixte. Le sommet de l'Uli Biaho est un énorme champignon surplombant la face Nord.
Après un repérage et un examen détaillé de la ligne envisagée, nous nous rendîmes compte que la deuxième partie, en plus de présenter des difficultés techniques sans doute extrêmes (bouchons de neige, neige verticale et dalle compacte), est extrêmement exposée aux chutes régulières d'énormes parties de la corniche sommitale et du champignon de neige. Au vu des difficultés imposant une allure lente, il était hors de question pour nous de risquer une telle exposition.
Nous décidâmes de modifier notre objectif (voir tracé sur la photo): on grimpe le pilier inférieur, on prend pied sur le glacier suspendu et on remonte le couloir N-E (600m) bordant la deuxième partie pour terminer la face Sud haute de 500m (granit) et beaucoup moins exposée.
Après une journée de préparation dans les 200 premiers mètres de la voie, nous comprenons que ce ne sera pas du tout cuit: déjà 6B+ / A3 et aucune longueur ne se donne facilement. Beaucoup de fissures bouchées et c'est très raide. Nous fixons et retournons au camp de base. Nous sommes prêts pour un assaut. Après 4 jours de mauvais temps, nous partons lourdement chargés. Nous remontons les stats et ouvrons 4 nouvelles longueurs. Bien moins que prévu! Encore du A3, ce qui nous vaut de dormir plein gaz sur une vire presque inexistante. Nous n'avons déjà presque plus d'eau et les 600 m au-dessus de nous sont complètement secs. Un petit miracle serait déjà le bienvenu. Le lendemain, nous avançons toujours lentement, encore une longueur d'A3, et nous arrivons en fin de journée une longueur plus haut que là où nous devions arriver... mais le premier jour!!! Ce n'est pas encore gagné. Nous sommes complètement déshydratés. Mais le miracle attendu a lieu et la vire qui nous accueille pour la nuit est pourvue d'un fin filet d'eau qui remplit nos réservoirs. Nous l'appelons "Miraculous Ledge". Le lendemain, nous réalisons une belle journée et parvenons au sommet du pilier. Déjà 1000m de granit de rêve. Nous partons dans la nuit pour remonter le couloir de 600m qui borde la face Est de l'Uli Biaho. Il est très raide: 55° soutenus avec de nombreux passages à 60° en glace. L'altitude, la lourdeur des sacs de hissage et la fatigue des jours précédents nous donnent des allures d'escargots.
Nous arrivons à 5600m au col qui sépare la face Est de la face Sud. Nous installons un bivouac confortable sur une vire dominant le col. Il se met à neigeoter. Le lendemain, il fait franchement mauvais, il neige toute la journée. Pendant une brève accalmie, nous sortons repérer la face Sud. Le rocher est superbe mais réserve encore quelques difficultés: les 250 premiers mètres seront encore bien soutenus. Nous rentrons à la tente espérant qu'un créneau se profile rapidement. En effet, il ne nous reste que deux jours de vivres. Après avoir appelé notre routeur météo, c'est la déprime, il annonce trois à quatre jours de mauvais temps. Après de vives discussions, nous décidons de descendre. Le reste de la voie ne permet pas de grimper sous le mauvais temps. Pour emprunter le chemin de descente (différent de celui de montée), nous gravissons un petit sommet de consolation à 5700m que nous avons appelé l'Uli Baihette.
De retour au camp de base, toute la fatigue accumulée s'abat sur nous. La montagne est plâtrée et ne permettra pas de nouvelle tentative avant longtemps. Notre permis finissant le 08, nous n'aurons plus le temps de retenter une autre ascension. Nous décidons donc de rentrer à la civilisation.
Au final, un goût amer reste inévitablement en bouche. Pour tous les quatre, c'est la première fois que nous prenons un but en expé. Il n'empêche que c'est le jeu! Cela dit, nous sommes quand même contents car notre tentative est belle: 1600m (sur les 2100m) avec des difficultés soutenues dans un style alpin irréprochable. Notons aussi que ce mois passé ensemble fut des plus agréable, rigolades et amitiés de bout en bout!
Il faudra recommencer et réussir cette fois!"
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