14 Février 2012

LE FROID EST LÀ !

Formation cascade et goulotte pour les aspirants guides

La semaine dernière correspondait à la semaine cascade et goulotte du nouveau cursus de formation de l’aspirant guide. Et les conditions étaient au rendez-vous pour réaliser de magnifiques ascensions. Sortant d’une monstre « crève » avec 40° de fièvre pendant le week-end, je restais tranquille le lundi et retrouvais les stagiaires le mardi. On commençait dans Sueurs Froides, une belle ligne juste en face l’usine Simond. Le mercredi, parti pour des cascades au soleil dans le vallon de Trient, on apprenait à renoncer du fait de températures largement au-dessus de 0° et de pentes dominant les cascades qui, bien que déjà purgée avaient encore suffisamment de neige pour nous ensevelir en cas d’avalanche. Du coup on se rabattait à l’ombre vers des lignes moins exposées. Le jeudi, on partait pour Di fronte al tradimento, une des rares cascades que je n’avais pas encore gravie dans le Valnontey. L’escalade était réellement enthousiasmante et me permettait de penser avec sérénité à une personne très proche disparue la veille. J’observais l’effet du des nuages et du vent sur les versants ensoleillés, et je me surprenais à penser que c’était son esprit ou son âme qui se jouait des crêtes du Grand Paradis. Je profitais du lieu et du moment présent appréciant toute la beauté du monde et de la glace. Enfin pour finir la semaine les conditions de froid perdurant, on s’orienta vers Magland où la cascade du village est très bien formée. Mais repérant une ligne plus en forêt au-dessus de la tour de Bellegarde, nous décidâmes de gravir cette belle cascade, qui plus est peut-être une ouverture. En remontant le sentier je suis dubitatif quant à l’ouverture car il me semble repérer des traces suspectes. Effectivement celles-ci nous mènent au pied de la cascade. Durant l’approche je suis frappé par la vue de la carcasse d’une laie ayant perdu ses petits marcassins, parfaitement conservés par le gel. Au pied de la cascade nous découvrons un rappel coincé. Manifestement ce ne sera pas une première. Nous suivons donc des traces sur quelques longueurs puis je bifurque à gauche vers un beau mur raide vierge de toutes traces. Et nous continuons encore sur 2 longueurs jusqu’au sommet de la cascade également sans trace. Deux rappels nous ramènent sur un chemin que nous suivons pour rejoindre nos sacs laissés au départ. Le sol a été retourné sur de nombreux endroits par des sangliers et je comprends que la laie a dû glisser au-dessus des barres et tomber au pied de la cascade. Je pense à ce que les bouddhistes appellent la roue de la vie et à son jeu incessant qui mêle en permanence vie et mort dans un ballet incessant. J’ai vécu une semaine magnifique sur les cascades de glace tout en traversant l’épreuve toujours marquante de la perte d’un être cher. Et je ne peux que dire, ainsi va la vie !

François Marsigny