29 Avril 2011

ECOLE DE GLACE

L’hiver particulièrement clément, associé à de bonnes conditions sur certaines faces, a permis de nombreux parcours d’itinéraires de grand alpinisme. La voie Ginat au Droites a ainsi été gravie à de multiples reprises. Elle a même été désescaladée entre des cordées qui la parcouraient par un alpiniste solitaire en mal de sensations fortes. Un autre y est retourné à deux reprises afin d’y faire un temps. 1h45 pour 1000 m. de face. A l’Eiger aussi les temps de parcours ont explosé. Le dernier record en date étant de 2h28 pour un alpiniste solitaire. J’ai presque regretté de ne pas profiter de ces belles conditions pour m’essayer à ce jeu du toujours plus… vite. J’attendais l’occasion, mais celle-ci ne s’est pas présentée et je n’ai pas cherché à la créer. Par contre, j’ai eu l’occasion d’encadrer une école de glace sur la Mer de Glace, ce qui ne m’était pas arrivé depuis des lustres. Exercice qui pourrait presque paraître anachronique aujourd’hui où une certaine banalisation des grands itinéraires se produit chaque fois qu’ils sont en top conditions, au point de se demander si on ne doit pas commencer la montagne par un passage obligé en face Nord des Droites. J’avais d’ailleurs tendance à considérer une école de glace comme banale et peu intéressante, préférant orienter mes clients sur une autre activité que me semblait plus gratifiante : cascade glace ou goulotte d’initiation. Je dois concéder y avoir pris un certain plaisir : celui d’être en montagne et d’enseigner un savoir faire. Et tout en montrant les fondamentaux de la gestuelle de base, je pensais que le matériel avait grandement contribué à rendre l’activité accessible au plus grand nombre. Pour autant cela ne signifie pas que l’on peut faire l’économie d’un apprentissage. Une école de glace permet au débutant de découvrir les rudiments d’une technique : se placer sur ses crampons pour trouver le meilleur équilibre en toutes pointes, sentir le positionnement idéal en piolet traction. En cela, elle participe de cet apprentissage et de cette initiation indispensables à l’alpinisme. Car, j’ai toujours pensé qu’alpinisme ne rimait pas avec consumérisme et qu’il fallait se donner le temps et les moyens pour réaliser ses rêves montagnards.

François Marsigny