21 Février 2011

FRANÇOIS MARSIGNY, RETOUR DU NÉPAL

Stages d'aspirant-guides dans la vallée de Rolwaling

Je rentre juste du Népal où j’ai été représenter la France qui parraine le Népal pour son admission à l’UIAGM. J’ai ainsi assister aux stages d’aspirant-guides et de guides gérés pour la première fois de manière autonome par les népalais eux-mêmes. Les stages se déroulaient dans la vallée de la Rolwaling et nous étions basés à 4188 m. d’altitude au village de Na. Je retrouvais ainsi les stagiaires que je connaissais déjà, car c’était la seconde année consécutive que j’y allais. Tous motivés par le métier de guide, ils ont accepté de suivre ces stages pour y parvenir, malgré le palmarès éloquent de certains, à l’exemple de Pasang Tendi qui à 26 ans, a déjà gravi l’Everest à huit reprises. Ils tracent ainsi le chemin pour les générations futures et participent à l’élaboration d’une culture qui à terme, je l’espère, changera la donne et les conditions de travail de ceux que l’on appelle les " high altitude workers ". Si l’année dernière j’avais été un peu en manque de glace, cette saison j’ai eu la chance de faire quelques belles journées sur les cascades du secteur et j’ai réellement pris conscience de tout le potentiel que ce pays recèle en la matière. Rien que pour la haute vallée de la Rolwaling j’y ai dénombré pas moins d’une bonne trentaine de lignes, avec quelques joyaux de toute beauté.

On connaissait le Népal pour ces sommets d’altitude, 8 et plus hauts de la planète, des 7000 à foison et de l’ordre de treize mille 6000 m. selon les dires de Pemba qui gérait les stages. Je crois que dans les années à venir, il faudra aussi compter le Népal comme une destination privilégiée pour la cascade de glace, avec le gros avantage qu’il n’y a pas de permis à demander pour en faire l’ascension. Cette année, il y avait d’ailleurs deux hollandais qui étaient venus une quinzaine de jours à Na, spécialement pour les cascades. Avec Gelje Sherpa, qui suivait le stage d’aspirant-guide, nous avons gravi une belle cascade de 200 m. sur un large mur de glace auquel les instructeurs népalais ont donner le nom de NNMGA (Nepal National Moutain Guide Association) Ice wall, car c’est là que la plupart des stagiaires vont pour les formations et évaluations en cascade. La glace y est abondante et saine, mais le froid vif la rend cassante et une bonne acclimatation est préférable, on est quand même à 4300 m., pour profiter pleinement de l’escalade. Tandis que je regardais Gelje grimper avec un vieux piolet Piranha sans dragonne, je me remémorais les nombreuses ascensions que j’avais entreprises avec ce modèle : de la face Nord de l’Eiger en passant par les Droites et jusqu’à une nouvelle voie sur les flancs du Cerro Torre. Un autre jour, je retournais sur les cascades du secteur mais m’orientais plus à droite vers une ligne qui me " narguait " depuis l’année dernière.

Avec Phurba Gyaljen nous ouvrîmes ainsi une belle cascade de 130 m. d’un niveau 5+. En gravissant la dernière longueur de celle-ci, je soufflais un moment, malgré l’acclimatation, avant de m’engager dans le passage le plus raide, une section bien verticale en glace sculptée et fragile et je pensais qu’ici la chute était strictement interdite, en regard de la difficulté de l’organisation d’un secours. Une dimension à ne pas négliger lorsque l’on se lance sur ces cascades éloignées. Ce secteur offre par ailleurs de nombreuses possibilités d’une altitude raisonnable que les stagiaires ont commencé à exploiter : des parcours glaciaires à dimension himalayenne mais aussi, des courses d’arêtes rocheuses et des courses de neige et mixte à caractère alpins, etc. Je l’ai constaté encore une fois, la montagne népalaise est démesurée et les projets infinis. Il suffit juste d’ouvrir les yeux !