13 Janvier 2011
Repentance, que du bonheur !
Quel bonheur que cette cascade ! Pour la quatrième ou cinquième fois je suis revenu sur ses flancs l’autre jour et je dois avouer que ce fut un réel enchantement. Seul bémol, la présence de 2 autres cordées d’italiens au niveau incertain et qui avaient tendance à frapper la glace plus que nécessaire. Il faut se donner le temps d’acquérir la technique indispensable à ce genre d’ascension pour pouvoir en profiter pleinement. Ce qui manifestement n’était pas le cas des italiens. Pour Alex qui m’accompagnait, c’était la première fois qu’il parcourait une cascade aussi soutenue. Après une première longueur où les crochetages lui firent défaut, il comprit rapidement comment utiliser au mieux ses piolets dans cette glace très sculptée ce qui lui permit de s’économiser. Et pendant que le leader de la deuxième cordée d’italiens se reposait sur une broche et me laissait gentiment passer, encouragé en cela par quelques vociférations que je poussais suite à la projection d’un gros glaçon sur ma tête par la première cordée (merci le casque !), je me dépêchais d’aller me mettre à l’abri. Après être sorti du premier mur, n’étant plus exposé à des projections de glace importante, je reprenais un rythme plus serein. La première cordée n’étant plus en vue et la seconde encore dans la difficulté du mur, nous étions enfin seuls profitant pleinement de la beauté de ce fond de vallée. Je restais cependant vigilant au timing, car ayant oublié ma frontale le matin, je ne voulais pas me retrouver à rentrer à la voiture à la nuit tombée. Pourtant, ce n’était pas faute d’y avoir pensé, mais dans la précipitation du départ matinal, je l’avais laissée sur la table. Alex voulant sortir sur le plateau, je passais la démultipliée et profitait de l’occasion pour gravir la colonne finale de droite, si bien formée cette année qu’on peut parler d’un mur. Un dernier rétablissement délicat dans une neige inconsistante et j’étais sur le plateau où il était hors de question de trouver le relais sur le bloc sommital. J’en étais quitte pour traverser à gauche et creuser la neige jusqu’à trouver de la bonne glace pour y fixer une broche et revenir dans l’axe pour assurer Alex dans le rétablissement final. Tout en descendant en rappel, je pensais à tout ce que j’enseigne à l’ENSA dans le cadre de mon cours sur la cascade de glace. A savoir : ne pas s’engager dans une cascade où il y a du monde, brocher régulièrement et surtout dès le départ du relais pour parer à une chute en facteur 2, etc., etc. … Des beaux principes qu’il m’arrive pourtant (encore aujourd’hui après plus trente ans de glace) de transgresser à l’occasion. Je ne tenais pas particulièrement à refaire cette très belle cascade que j’avais déjà gravie à plusieurs reprises. Mais nous avions fait la longue approche et la glace était belle. Je ne souhaitais pas aller sur la cascade de Monday Monney toute proche. Enfin, je voulais faire plaisir à Alex, qui découvrait là l’escalade sur glace raide et sculptée. Comme quoi, c’est une chose que de dispenser des principes de sécurité, mais dans la " réalité vraie ", c’est autre chose que de les respecter. La décision peut alors prendre une toute autre direction que celle qu’imposerait le respect de ces principes ! Un conseil si vous allez gravir cette magnifique cascade : posséder une bonne technique, partir tôt et sortir au plateau sommital car les longueurs du haut sont très belles aussi. François Marsigny