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Récit de l'expé par Jean-Baptiste Deraeck
"Notre objectif initial était de gravir l'intégralité du pilier N-E de l'Uli Biaho. Pilier vierge et haut de 2100m. Celui-ci est composé de deux parties bien distinctes: les 1000 premiers mètres constituent un magnifique big-wall de granit qui vient buter sur un glacier suspendu. De ce glacier s'élance la deuxième partie (1000m également) en mixte. Le sommet de l'Uli Biaho est un énorme champignon surplombant la face Nord.
Après un repérage et un examen détaillé de la ligne envisagée, nous nous rendîmes compte que la deuxième partie, en plus de présenter des difficultés techniques sans doute extrêmes (bouchons de neige, neige verticale et dalle compacte), est extrêmement exposée aux chutes régulières d'énormes parties de la corniche sommitale et du champignon de neige. Au vu des difficultés imposant une allure lente, il était hors de question pour nous de risquer une telle exposition.
Nous décidâmes de modifier notre objectif (voir tracé sur la photo): on grimpe le pilier inférieur, on prend pied sur le glacier suspendu et on remonte le couloir N-E (600m) bordant la deuxième partie pour terminer la face Sud haute de 500m (granit) et beaucoup moins exposée.
Après une journée de préparation dans les 200 premiers mètres de la voie, nous comprenons que ce ne sera pas du tout cuit: déjà 6B+ / A3 et aucune longueur ne se donne facilement. Beaucoup de fissures bouchées et c'est très raide. Nous fixons et retournons au camp de base. Nous sommes prêts pour un assaut. Après 4 jours de mauvais temps, nous partons lourdement chargés. Nous remontons les stats et ouvrons 4 nouvelles longueurs. Bien moins que prévu! Encore du A3, ce qui nous vaut de dormir plein gaz sur une vire presque inexistante. Nous n'avons déjà presque plus d'eau et les 600 m au-dessus de nous sont complètement secs. Un petit miracle serait déjà le bienvenu. Le lendemain, nous avançons toujours lentement, encore une longueur d'A3, et nous arrivons en fin de journée une longueur plus haut que là où nous devions arriver... mais le premier jour!!! Ce n'est pas encore gagné. Nous sommes complètement déshydratés. Mais le miracle attendu a lieu et la vire qui nous accueille pour la nuit est pourvue d'un fin filet d'eau qui remplit nos réservoirs. Nous l'appelons "Miraculous Ledge". Le lendemain, nous réalisons une belle journée et parvenons au sommet du pilier. Déjà 1000m de granit de rêve. Nous partons dans la nuit pour remonter le couloir de 600m qui borde la face Est de l'Uli Biaho. Il est très raide: 55° soutenus avec de nombreux passages à 60° en glace. L'altitude, la lourdeur des sacs de hissage et la fatigue des jours précédents nous donnent des allures d'escargots.
Nous arrivons à 5600m au col qui sépare la face Est de la face Sud. Nous installons un bivouac confortable sur une vire dominant le col. Il se met à neigeoter. Le lendemain, il fait franchement mauvais, il neige toute la journée. Pendant une brève accalmie, nous sortons repérer la face Sud. Le rocher est superbe mais réserve encore quelques difficultés: les 250 premiers mètres seront encore bien soutenus. Nous rentrons à la tente espérant qu'un créneau se profile rapidement. En effet, il ne nous reste que deux jours de vivres. Après avoir appelé notre routeur météo, c'est la déprime, il annonce trois à quatre jours de mauvais temps. Après de vives discussions, nous décidons de descendre. Le reste de la voie ne permet pas de grimper sous le mauvais temps. Pour emprunter le chemin de descente (différent de celui de montée), nous gravissons un petit sommet de consolation à 5700m que nous avons appelé l'Uli Baihette.
De retour au camp de base, toute la fatigue accumulée s'abat sur nous. La montagne est plâtrée et ne permettra pas de nouvelle tentative avant longtemps. Notre permis finissant le 08, nous n'aurons plus le temps de retenter une autre ascension. Nous décidons donc de rentrer à la civilisation.
Au final, un goût amer reste inévitablement en bouche. Pour tous les quatre, c'est la première fois que nous prenons un but en expé. Il n'empêche que c'est le jeu! Cela dit, nous sommes quand même contents car notre tentative est belle: 1600m (sur les 2100m) avec des difficultés soutenues dans un style alpin irréprochable. Notons aussi que ce mois passé ensemble fut des plus agréable, rigolades et amitiés de bout en bout!
Il faudra recommencer et réussir cette fois!"
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L'automne en Jordanie de Damien Astoul "A l'automne dernier, je suis parti quelques jours en Jordanie. J'ai pu profiter de 15 jours de grimpe sur un grés parfois déroutant, une destination idéale pour les amateurs de terrain d'aventure...
On attaque par la traversée du Jebel Rum, une des célèbres voies bédouines du Wadi Rum, où le sens de l'itinéraire est mis à rude épreuve.
La suite du séjour nous permet de grimper les classiques du coin. Pour les amateurs de belles fissures, on retiendra "Beauty" (200m , 6a max) ou "Merlin's Wand" (150m, 6a+ max) pour commencer puis "Lion Heart" (350m, 6b max) pour attaquer les choses plus sérieuses. Ces voies sont entièrement à équiper, seuls les relais sont en place, prévoir 2 jeux de camalots 0.3 à 4 (n°5 nécessaire pour Beauty) et un jeu de coinceurs. Pour continuer, il faudra également aller mettre ses chaussons dans "Raid mit the Camel" (450m, 6b+max), une des magnifiques voies de la face Est du Jebel Rum et "Rock Fascination" (450m, 6b+ max) dans un style bien différent, où le mot aventure prend tout son sens à la montée comme à la descente.
Pour ceux qui auraient envie de cotations plus élevées, ne pas manquer la célèbre "Guerre Sainte" (450m, 7b+ max) pour une escalade résolument sportive mais néanmoins superbe, que du bonheur! Enfin, pour les plus motivés, "Rock Empire" (550m, 8a max), une escalade magnifique notamment dans la longueur clé (40m de bi-doigts exceptionnels). Attention, le topo annonce 10 dégaines et quelques sangles. Je conseillerais quand même de compléter avec quelques camalots et coinceurs que nous aurions bien aimé avoir dans les longueurs en 7b et 7b+ de 50m où l'on ne trouve pas plus de 4 ou 5 goujons! Bien sûr, ceci n'est qu'une petite sélection parmi les voies que j'ai pu faire et parmi les très nombreuses voies du wadi rum." |
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Ascension de la cascade de Pissevache... Seb Ratel à nouveau dans la glace...
"Après des vacances apocalyptiques, neige puis pluie et encore pluie, la saison de cascade semblait compromise avant même d'avoir commencé. Mais il ne faut jamais désespérer, en ce début janvier, la neige se remet à tomber et la température commence à baisser. Le froid s'installe progressivement. Alors que quelques glaçons commencent à pousser sur le bord des routes, une idée vient me chatouiller l'esprit: grimper dans le mythique cirque de Fer à Cheval.
Ma décision est prise, je vais mardi repérer les conditions et l'approche en faisant la cascade du Dard qui est beaucoup moins engagée. Mais lundi matin, la météo change, il neige mercredi et vues les pentes qui surplombent le cirque, hors de question de tenter le diable. Tant pis, ce sera pour la prochaine fois car plus nous avancerons dans la saison plus le soleil arrivera tôt et ceci n'est pas envisageable pour une descente en sécurité. Mais l'envie me brûle de m'y frotter et j'ai l'intuition que les conditions vont être bonnes.
Changement de programme, je pars lundi à 14h tout seul repérer. Arrivé sur le parking, il fait un froid de canard. Je constate immédiatement que la cascade de Pissevache est formée mais elle est déjà au soleil. Une sensation étrange s'empare de moi, ce cirque dégage quelque chose de particulier: d'une part la beauté et la raideur des cascades attirent forcément, mais d'autre part la crainte des avalanches, des chutes de pierre et de glace me tend. Je pars quand même repérer l'approche au cas où quelqu'un vienne m'accompagner demain. Je brasse dans la neige pendant près d'une heure, j'ai les mains gelées, parti en speed je n'avais pas pris de gants. Mais ça y est! Je suis tout près. Après quelques photos, je redescends avec la ferme intention d'en découdre demain avant le mauvais temps. Le soir, Damien Tomasi au téléphone m'annonce qu'il veut bien m'accompagner. Pour limiter les risques, nous optons pour un départ matinal de Chamonix.
A 5h30, nous quittons le parking suivant ma trace de la veille à la lueur de nos frontales. Une heure et demie après nous sommes encordés et nous nous lançons à corde tendue dans les deux premières longueurs faciles. Au lever du jour, nous attaquons la première longueur raide en 5. Je fais le relais au pied d'un magnifique mur de 50m quasiment vertical, coupé seulement d'une petite vire. De là, une grande longueur moins soutenue nous mène au pied de la longueur clé. Celle-ci est très impressionnante, on a du mal à penser qu'elle fut gravie en 1976. Du relais, j'imagine le cheminement: un court surplomb au début puis je tirerai à droite pour en éviter un deuxième, barré par une grosse stalactite. Je me lance, le premier surplomb est déjà bien physique, il em rejette en arrière. Après m'être rétabli, l'escalade est moins soutenue mais reste verticale. Je traverse légèrement à droite et constate avec déception que ça ne passe pas. Je ne vois pas d'autre choix que de forcer tout droit. Heureusement, je place une bonne broche avant de prendre appui sur la fameuse stalactite afin de m'échapper vers une partie moins raide où je fais le relais. Enfin une dernière longueur plus facile nous sépare du sommet, mais le soleil approche dangereusement. Je grimpe au plus vite celle-ci et déjà nous entamons la descente sur les magnifiques abalakovs que Damien avait faits lors de la montée. A 14h, au pied de la cascade, nous nous abritons sous un bloc en dévers providentiel. Après nous être restaurés, nous descendons tranquillement à l'abri dans la forêt. Relâchés, la pression fait place à la satisfaction d'une ascension espérée depuis des années!" |
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![]() ![]() ![]() News du bassin d'Argentière Seb Ratel nous raconte ses dernières voies en date...
"Mercredi 3 Février avec Seb Bohin, nous voilà partis pour Shiva Lingam. Du parking, les conditions semblaient très bonnes. Mais ce que nous n'avions pas vu, c'est l'approche par le bas, qui, aux dires de certains, ne craindrait pas plus qu'un Tacul. Mais le hic, c'est que cette année, une grosse chute de sérac a laissé des blocs très loin dans le glacier. Ce qui nous montre bien qu'en cas de grosse chute même en serrant en rive droite nous serions balayés. Bref, après avoir passé cinq bonnes minutes à prier, la tête rivée sur ces maudites chandelles, nous commençons à remonter, à l'abri cette fois. Enfin, laissant derrière nous une réelle tranchée dans la neige, nous sommes au pied de la glace. Après une première longueur en glace et neige, nous arrivons au "pied du mur". Une autre grande longueur à corde tendue, mais pas si facile, nous amène au pied du cigare sommital. Les conditions sont parfaites, la glace est tendre et le tube est bien formé. Seb commence et doit beaucoup nettoyer pour se faufiler sous une stalactite, puis une belle escalade raide et aérienne le mène au sommet. Il hésite pour faire son relais; je lui dis qu'il y a un arbre. En 60 tout pile il trouve un arbuste sous la glace, ça fera l'affaire! J'apprendrai le soir que le fameux relais sur arbre était bien plus à gauche et seulement pour la descente de l'accès par le haut. Finalement, nous descendons très vite sur lunule car les nuages se sont déchirés et le soleil tape déjà fort. Au pied, nous chaussons les skis et dévalons au plus vite le champ de glace pour être à l'abri bien plus bas. Un dernier border cross nous ramène à la Crèmerie puis au parking des Grands Montets.
Pendant ce temps-là, des copains - Dim Munoz et Marion Poitevin - étaient en face dans Tequila Stuntman. Sur leurs conseils, nous nous y rendons le lendemain. L'accès est nettement plus aisé, nous nous laissons glisser jusqu'aux rappels de Nuit Blanche. La voie commence par une jolie longueur de 5+. Puis un beau passage de M7 sur friends permet de rejoindre un magnifique glaçon très suspendu... Au pied de la glace, je "bétonne" avec deux camalots et m'engage délicatement sur ce glaçon. Enfin, quelques mètres plus tard, je suis sur de la glace collée au rocher et peux enfin brocher. Ouf! Cette voie, pourtant à deux pas de Chamonix, mérite vraiment d'être connue. Elle possède tout: technicité, ambiance et et engagement, elle manque seulement un peu d'ampleur car elle ne fait que deux longueurs." |
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La sorcière blanche La sorcière blanche: dernière en date de Seb Ratel.
"1h45: le réveil sonne, il me sort de mes pensées. Je n'ai pas bien dormi, je me suis questionné toute la nuit: la structure est-elle solide? Le soleil se pointera-t-il?... Autant de questions sans réponse. Tant pis, on verra demain. Mais le plus dur sera de savoir renoncer au pied de la colonne si les conditions sont délicates. Je rejoins Nicolas Beauquis à Sallanches et une heure plus tard, nous sommes au parking du Fer à Cheval.
Sur place, je me rappelle deux jours auparavant avec Cédric Périllat, errant dans la brume pour trouver Tré La Chaume, j'avais distingué la Sorcière Blanche, enfin, je n'en étais pas sûr, au lieu de deux crayons, je n'en voyais qu'un seul, énorme. Le soir, en rentrant sur le parking, je croisais Nicolas qui était venu repérer la Massue. Celle-ci étant tombée, nous échafaudions le plan de gravir la Sorcière par la magnifique colonne, jusque là non gravie.
Cette fois, l'accès était tracé et en seulement une petite heure nous étions au pied. Nous attaquons à grimper de nuit les deux premières longueurs faciles. Les difficultés commencent avec le lever du jour, une troisième longueur de 60m tout en pétales, où il faut louvoyer pour trouver son itinéraire. Ca y est, nous sommes au pied du rocher, la première longueur donne le ton, du mixte délicat, heureusement bien protégé par des spits. La deuxième est plus classique, des mottes dans du rocher bien moins raide. Au pied de la dernière, le ciel est toujours grand bleu, il y aura donc du soleil et ce n'est pas bon du tout pour notre assurance vie. Mais nous apercevons bien le premier crayon, qui très impressionnant nous attire fortement. Le plus dur est de renoncer, me dis-je dans ma tête. Tant pis, je me lance dans la traversée conscient qu'au-delà la retraite deviendrait compliquée. Pour passer, je suis obligé de grimper sans gants. Les spits ne sont pas aussi près que je l'avais espéré, mais le rocher étant bon, l'escalade est agréable même si elle n'est pas réalisée dans un style très pur.
Nous y sommes, la glace est à moins de 5m. Par contre, pour y accéder, nous devrons passer par un petit glaçon bien branlant. Quand Nico arrive, nous distinguons avec joie qu'un voile nuageux s'installe progressivement. C'est ainsi, le coeur plus léger, que Nico s'élance délicatement sur le petit freestanding. 7m plus tard, il rejoint le gros crayon et peut enfin brocher. Pour sortir, il doit contourner par la droite l'énorme méduse qui lui barre le chemin, le contraignant à grimper sur des éclaboussures. En second avec le sac, je sens mes bras chauffer mais n'en reviens pas de la classe de la longueur. Au relais, nous observons la fameuse colonne, elle a l'air stable. N'ayant pas tout à fait récupéré de la longueur précédente, je me lance. Le début est délicat: la glace est très aérée et difficile à protéger. La suite est plus aisée mais toujours raide. Je n'e reviens pas quand je fais le relais: 50m verticaux, dont 20 de freestanding. La raideur se confirme quand Nico en second envoie un énorme bloc qui retombe à plusieurs mètres de la paroi. Au relais, la pression redescend un peu, le ciel est couvert et il reste une seule longueur. Nous commençons à être fatigués mais il faut rester concentrés, Nico s'élance et rencontre une glace cassante et donc très fatigante. Pour passer un petit surplomb, il se met un bon coup de pression, ses bras sont fatigués et ses ancrages aléatoires. Mais ça passe. Les 15 derniers mètres verticaux et bien physiques lui demanderont ses dernières ressources pour arriver au sommet. En second malgré les ancrages, je suis aussi complètement cramé quand je débarque sur les pentes de neige.
Nous avons envie de laisser exploser notre joie, mais comme souvent la descente n'est pas débonnaire. Nous traversons ces pentes en nous assurant tant bien que mal pour parvenir au sommet des Folly de gauche. De là, en 5 rappels de 60m, nous touchons le sol presque 12 heures après l'avoir quitté. N'ayant pas entendu gronder le cirque de la journée, nous descendons sereinement à la voiture, après avoir jeté un dernier coup d'oeil sur cette ligne de grande classe." |
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